De l’âme

La magie du quotidien

De retour de vacances, il me faut retrouver le chemin vers beaucoup de choses, à commencer par le quotidien. Je dois me pousser à prendre des photos autres que de mon jardin. Je juge peut-être mon quotidien moins intéressant que les rues de Liverpool ou les plages de Whitby. C’est peut-être vrai, mais pas tout à fait. Ce qui est vrai, c’est qu’il est plus facile  de photographier la Mer du Nord, les panneaux anglais rigolos ou l’architecture victorienne que les rues de ma ville. Ce qui est vrai, c’est que si la poésie est tout aussi présente dans mon quotidien, j’y suis moins naturellement disponible. Une histoire de manque d’attention couplé à l’attitude qui consiste à penser  « Je sais ce qu’il y a là, il n’y a rien à voir, c’est du déjà-vu, ça n’intéresse personne ». Et si ça, c’était faux ? Et si au contraire, c’était intéressant? Quand on y pense, mon quotidien si connu est le Whitby de quelqu’un d’autre.  Je me dis alors que je pourrais tenter de suspendre mon jugement, retrouver un peu d’innocence et de mon regard d’enfant.

Société du paraître

J’avoue que c’est à la fois très simple et très difficile. Simple parce que c’est là, il n’y a qu’à se baisser pour cueillir. Compliqué parce que notre société ne nous pousse pas à ça. Nous aimons montrer, prouver que « notre vie est belle, excitante, joyeuse, plus belle que la vôtre, aussi belle en tout cas. Aimez-moi. Je suis digne d’amour.  Regardez ce que je fais, ma vie est excitante, n’est-ce pas? Dites-moi qu’elle l’est ».  Cette envie d’inspirer est naturelle. Elle est proche du besoin humain et sain de partager. Pourtant, à côté de cela, j’ai envie de « off », envie de ce qui est certainement plus essentiel, plus personnel. Dérisoire et intime.

Faire et être

Depuis mon retour, je suis dans l’action, je travaille à mon jardin : bouturer, couper les fleurs fanées, biner, attacher, arracher la mauvaise herbe. Et j’aime infiniment ça. L’action, les buts, les challenges, c’est ma came. Mais il y a aussi cette part en moi qui aime prendre son temps. Regarder, écouter, observer. C’est peut-être même là mon pouvoir secret, là que je rêve, pense et imagine des mondes.

Peut-être qu’un jour  je saurai lier ces deux parties de moi, les faire se communiquer sans que l’une ait l’impression de trahir l’autre. Probablement même est-il un peu artificiel de vouloir les distinguer. L’une nourrit très certainement l’autre. Pour l’instant, j’ai le sentiment de devoir mettre à l’abri cette part plus fragile, parce que celle qui accomplit, réalise et produit est très active, tyrannique même et qu’elle ne laisserait pas beaucoup de place à celle très sous-développée qui aime juste s’arrêter, flâner, observer, prendre son temps et s’émerveiller. Alors lui donner un coup de pouce et faire un peu de place. Elle ne cherche rien véritablement, elle laisse plutôt venir. Elle ne demande rien, si ce n’est de s’émerveiller. Je pense que je peux l’appeler mon âme. C’est une énergie très différente de celle de mon esprit qui veut, cherche, trouve et juge.  C’est l’énergie de la première que je désire dans mon musée. Ce qui est plus naturel en voyage, je dois volontairement en faire le choix dans mon quotidien. Mais j’ai un musée à remplir, une collection à construire, alors vous me verrez flâner et rêver, prendre le temps de ne rien faire, sans vous douter qu’en réalité, je suis occupée à ce qui m’est le plus essentiel.

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Les souvenirs de vacances

Les souvenirs de vacances ont aussi leur place dans mon musée, n’est-ce pas? Et peut-être  même une place de choix. Découvrir de nouveaux endroits stimule l’attention et l’imagination. Je vois ce que le quotidien me cache : davantage de magie. Cet été, je l’ai trouvée en Angleterre, de Liverpool à Whitby dans le Yorkshire, en passant par Chester. A Liverpool, l’inspiration était telle qu’elle m’a poussé à ouvrir une annexe à ce petit musée avec un compte Instagram. J’en couvais l’idée depuis quelques temps et là, en quelques jours, j’ai accumulé suffisamment de matériel pour me lancer. Ça me ferait plaisir de vous y retrouver aussi!

En attendant, voici ce que j’aimerais garder dans le joyeux musée de ma vie :

Hot Mess

Partir

C’est la veille des vacances et c’est l’agitation qui va avec. C’est la peur de lâcher ce quotidien qui me rassure, mes repères. C’est un rappel de tout ce que je voulais encore faire avant de partir. Je voudrais laisser un appartement parfaitement propre et rangé, je voudrais une valise parfaite, je voudrais partir et rester, je voudrais pouvoir davantage contrôler ma vie tout en rêvant de lâcher prise. Je voudrais de l’ordre, du sens, une direction et la vie semble décidément plutôt opter pour le désordre, la confusion et une certaine pagaille. Je voudrais des absolus et des certitudes et la vie s’obstine à naviguer dans les à peu près, les nuances et les compromis.

Lâcher prise

Alors, plutôt que me battre contre l’imperfection, je pourrais changer de tactique et apprendre à naviguer dans le chaos de la vie, accepter une french manucure très imparfaite, un pull bouloché, des mauvaises herbes au jardin, une armoire en désordre, un couple qui fait ce qu’il peut pour continuer de s’aimer, un corps qui vieillit et ma tendance à tout mettre dans un même panier. Et trouver aussi que, parfois, souvent, tout peut être parfaitement imparfait.
Alors, ce billet comme un rappel ou une notice que j’afficherais à l’entrée: “Dans ce musée, tout n’est pas joliment aligné dans des vitrines minutieusement répertoriées. Ici, il règne plutôt, disons-le, un joyeux bordel!”

Comme des perles sur un collier

Un billet comme une exploration encore. Parce que je ne sais pas encore tout à fait où vont ces pages. Je suis assez à l’aise avec l’idée de ne pas savoir, mais tout de même, je m’interroge.

Je voudrais des billets comme des perles sur un collier. Ce sera disparate. Oui, ce ne sera pas tout à fait régulier, mais j’espère que ça formera un tout cohérent au final. Je pense que c’est dans mon ADN créative. J’aime mélanger les choses improbables, mélanger les genres, poser de toutes petites choses insignifiantes à côté de vraies beautés et juger qu’au final que ce patchwork est équilibré, que tout trouve sa place.

Je voudrais des instantanés de ma vie. Je voudrais qu’il y ait ici un petit musée personnel de ce qui m’inspire, me touche, m’attire, me repousse parfois, me fait rêver. Je voudrais les retenir ici pour un instant. Les croquer. Y penser encore une fois avant que tout bascule dans l’oubli et que le temps continue sans elles. Oui, je voudrais leur faire cette petite place, leur accorder cette attention. En toute légèreté, en toute naïveté.

Je ne ferai pas de la publicité pour ma vie. Je ne chercherai pas à vous impressionner ni même à me prouver à quel point ma vie est géniale. Je ne vous la raconterai pas ou pas vraiment. Juste quelques bribes. J’aimerais glisser mes minuscules observations du quotidien, tout ce que nous ne relevons presque plus, parce que ça nous est si familier, Je voudrais ça. Je voudrais retenir cela. Parce que je crois profondément que là est ma vie. L’important, je veux dire. Ce qui compte. Ce qu’on dit pourtant si rarement. Vous a-t-on jamais demandés à quoi ressemblait le paradis de votre enfance?  Un jour, alors que j’étais arrivée au travail avec une queue-de-cheval, un homme m’a demandé : “Mireille, qu’est-ce qui fait qu’une femme décide de s’attacher les cheveux le matin?” C’est peut-être la question la plus belle qu’on m’ait posée. Alors, puisque plus personne ne me le demande, j’aimerais profiter de ce petit espace rien qu’à moi pour les dire.

Ce sera presque rien. Et aussi presque tout. Ce sera un peu moi. Et déjà plus tout à fait. Merci d’être là pour les lire.